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Ermenonville est souvent cité pour abriter un domaine paysager exceptionnel, référence dans l’art des jardins. Célèbre pour lui-même et l’innovation du jardin pittoresque à son époque, selon des préceptes que son auteur a exposés dans son traité de composition des paysages, il l’est tout autant comme lieu de pèlerinage qu’il demeura, malgré le transfert des restes de Jean-Jacques Rousseau au Panthéon dès 1794. L’Île des Peupliers, que de nombreux jardins ont répliquée, de l’Angleterre à la Pologne, en passant par la Suisse ou des sites plus proches, a ainsi acquis une valeur iconique. N’en retenir qu’une célébrité passée ferait la promesse de manquer l’expérience singulière à laquelle nous convie encore, plus de 250 ans après sa conception, ce paysage.

Au delà d’ambition d’œuvre d’art totale avant l’heure, pour laquelle son concepteur convoquait à la fois la peinture de Nicolas Poussin ou Claude le Lorrain, les vers de Virgile ou de Pétrarque, la philosophie et le symbolique, le Parc porte encore cette ambition des Lumières d’avènement d’un monde rénové, où la paix sociale se nourrit d’idéaux antiques, où l’individu s’épanouit entre autonomie et universalité. Le Marquis de Girardin élevait des temples en citant les jardins italiens, faisait l’éloge des savoirs et des progrès humains, en les portant symboliquement vers l’avenir ou la voûte céleste. Il y souhaitait bienvenue à tous les langages, et tous les hommes, en rappelant que la nature est notre lieu commun.Si Rousseau a inspiré le concepteur du jardin, il n’y trouva probablement pas une nature sauvage, mais bel et bien un artefact. Les nombreux hommages au philosophe s’y lisent encore, de son amour de la nature à ses apports pour l’éducation. Par la suite, le voyage à Ermenonville s’est imposé pour une Europe littéraire et politique qui vint s’y recueillir, des révolutionnaires à la génération des romantiques ; parmi eux Gérard de Nerval, intimement lié aux paysages du Valois où il avait grandi ; au XXème siècle encore, nombreux furent les voyages organisés en hommage à Rousseau. Le jardin nous dit son engagement dans la perception du présent et sa confiance dans l’avenir : il n’a jamais cessé de célébrer les arts et la sensibilité humaine. Aujourd’hui, la restauration du lieu et la gestion paysagère s’efforcent de porter les idéaux poétiques et pittoresques du site, en ouvrant sur les enjeux écologiques qui sont les nôtres. La présence continue d’artistes, d’écrivains, de chercheurs, habite le lieu, le prolonge vers nous, et prolonge aussi sa générosité.

Qu’il s’agisse d’un programme d’astronomie, d’un spectacle de danse sur la prairie Arcadienne, d’un livre, d’une photographie, d’un texte littéraire, d’un jeu de société, d’une cueillette botanique ou d’un atelier philosophique, qu’on y apprenne à tailler des pierres, à jouer à l’arc ou qu’on y tienne une conférence, chaque contribution rappelle l’au-delà d’une promenade d’agrément. Les eaux du lac qui y reflètent paisiblement le ciel, proposent un miroir tendu pour nous sentir dans notre complétude d’humain : intelligent, sociable, joueur, sportif, poète, porté naturellement vers la transmission comme la pensée, sensible corps et âme.

Nous espérons que, dans la prolongation contemporaine d’un esprit des Lumières, chacun puisse y dessiner son propre chemin, en nourrissant de nature et de culture sa promenade, et au-delà, réinventer un art de vivre ensemble.

Pour le Centre culturel de rencontre, Corinne Charpentier, Directrice