1 / 1

Girardin, Rousseau et les hôtes célèbres

Jean-Jacques Rousseau

Lorsque Jean-Jacques Rousseau arrive à Ermenonville le 20 mai 1778, les travaux réalisés par le Marquis de Girardin sont globalement achevés depuis 4 ans. Installé provisoirement avec son épouse dans un appartement proche du Château, le philosophe passera 44 jours de totale liberté dans le domaine paysager mais aussi dans le proche Valois. Son œuvre littéraire est achevée aussi accepte-t-il de donner des leçons de musique aux filles de son hôte. Il se promène souvent avec le troisième fils du Marquis qu’il surnomme son « petit gouverneur ». Sa mort brutale, le 2 juillet 1778 dans la matinée sera suivie d’une inhumation spectaculaire le 4 juillet 1778 à minuit dans l’Ile des Peupliers. Il y reposera pendant 15 ans. Malgré les supplications du Marquis de Girardin, la Convention ordonnera le transfert de sa dépouille mortuaire à Paris.

Marie-Antoinette

Devenu un important lieu de pèlerinage intellectuel en Europe après la mort de Rousseau, le jardin du marquis de Girardin reçoit le 14 juin 1780 la visite de la reine Marie-Antoinette, accompagnée de sa cour ainsi que d’autres membres de la famille royale. Elle y trouve la vision d’un idéal pastoral et poursuivra le culte à Rousseau pour la simple vie rurale et le rappel des vertus ancestrales avec la construction du Hameau de la reine, débuté en 1782, dans le parc du château de Versailles.

Napoléon Bonaparte

En août 1801, le premier Consul Napoléon Bonaparte est chez son frère Joseph à Mortefontaine. Voici une bonne occasion pour aller rendre visite aux voisins Girardin à Ermenonville. Après une partie de chasse dans le parc du Désert, suivie d’un déjeuner au Château, Napoléon souhaitera visiter les jardins et exprimer son opinion politique au sujet de Rousseau devant l’Ile des Peupliers. En 1814, un autre Maréchal viendra méditer devant l’Ile des Peupliers : Gebhard Leberecht von Blücher, commandant l’armée prussienne en marche vers Paris. Admirateur de Rousseau, le général prussien épargnera Ermenonville de l’occupation ennemie.

Joseph II

Empereur d’Allemagne en titre à partir de 1765, il dut se résigner à partager le pouvoir avec sa mère et voyagea beaucoup en Europe. Le 24 mai 1777, à l’occasion d’une visite à sa sœur Marie-Antoinette, il vint à Ermenonville et passa la nuit après un dialogue pittoresque avec l’aubergiste du Soleil d’or. Homme acquis aux idées des Lumières, il fut le type même du despote éclairé lors de son règne après la mort de sa mère.

Madame de Staël

Élevée dans la culture des Lumières, Mme de Staël a tenté d’en maintenir la tradition au-delà de la fracture révolutionnaire et de l’effondrement des dogmes. Véritable disciple de Rousseau, elle décrit dans son ouvrage lettres sur les ouvrages et le caractère de J.J. Rousseau son pèlerinage à Ermenonville : C’est sur une île que son urne funéraire est placée : on n’en approche pas sans dessein, et le sentiment religieux qui fait traverser le lac qui l’entoure, prouve que l’on est digne d’y porter son offrande. Je n’ai point jeté de fleurs sur cette triste tombe ; je l’ai longtemps considérée les yeux baignés de pleurs : je l’ai quitté en silence, et je suis restée plongée dans la profondeur de la rêverie.

Olympe de Gouges

Olympe de Gouges a-t-elle visité Ermenonville ? C’est en tous cas ce que suggère sa biographie en bande dessinée par Catel et Boquet, qui figure cette éminente féministe des Lumières en promenade, étape obligée à Ermenonville. « Femme réveille-toi ; le tocsin de la raison se fait entendre dans tout l’univers ; reconnais tes droits. Le puissant empire de la Nature n’est plus environné de préjugés, de fanatisme, de superstition et de mensonges. Le flambeau de la vérité a dissipé tous les nuages de la sottise et de l’usurpation. L’homme esclave a multiplié ses forces, a eu besoin de recourir aux tiennes pour briser ses fers. Devenu libre, il est devenu injuste envers sa compagne. Ô femmes ! Femmes, quand cesserez-vous d’être aveugles ? Quels sont les avantages que vous avez recueillis dans la révolution ? Un mépris plus marqué, un dédain plus signalé. » (Déclaration des droits de la Femme et de la citoyenne, 1791)

Gérard de Nerval

La carrière d’écrivain et de poète de Gérard Labrunie le poussera à retourner dans le Valois de sa jeunesse et à prendre le pseudonyme « De Nerval », nom issu du clos Nerval que possédait son oncle à Mortefontaine. Ce grand écrivain décrira avec lyrisme Ermenonville et sa région dans un célèbre recueil de nouvelles : Les filles du feu. L’héroïne, Sylvie, la dentellière, habitait le village de Loisy. Un chapitre entier est consacré à Ermenonville, à une époque où le jardin, déjà, est tout empreint de mélancolie.Voici les peupliers de l’Île, et la tombe de Rousseau, vide de ses cendres. Ô sage ! Tu nous avais donné le lait des forts, et nous étions trop faibles pour qu’il put nous profiter. Nous avons oublié tes leçons que savaient nos pères, et nous avons perdu le sens de ta parole, dernier écho des sagesses antiques. Pourtant ne désespérons pas et comme tu fis à ton suprême instant, tournons les yeux vers le soleil ! (Sylvie)

Nélie Jacquemart-André

La célèbre peintre, une des premières femmes de son temps à étudier la peinture à l’école des Beaux-arts rachète le Désert en 1902 ainsi qu’une partie de l’abbaye de Chaalis. Elle s’y installe et amène avec elle la moitié de sa considérable collection d’œuvres d’art accumulées au cours de ses voyages en Europe et au Proche-Orient. À sa mort en 1912, elle lègue ses biens à l’Institut de France, qui ouvrira le musée Jacquemart-André un an plus tard à Chaalis.

Ettore Bugatti

Ettore Bugatti achète le domaine d’Ermenonville aux héritiers de la famille Radziwill en 1932. Le château deviendra une vitrine pour la marque et de nombreuses voitures prestigieuses seront exposées dans les salons de la vieille demeure. La Bugatti Royale du patron, carrossée en « coupé-Napoléon », trônera dans la cour d’honneur lorsque ce dernier viendra trop rarement à Ermenonville. Cependant, le coût d’entretien d’un tel domaine conduira Ettore Bugatti à vendre en 1938 le moulin au banquier Giorgini et le parc Sud au Touring club de France.